Un carburant à moins de 1 €/L : comment est-ce possible ?
Fin 2025, le prix moyen du GPL en France tourne autour de 0,98 à 1,00 €/L, selon les relevés de prix-carburant.eu et de stationscarburants.fr. C'est deux fois moins que l'essence SP95, et 40 à 45 % en dessous du diesel. L'explication principale n'est pas une subvention cachée : c'est la fiscalité.
La TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) atteint 68,29 centimes par litre sur le SP95 et 59,40 centimes sur le gazole. Sur le GPL, elle est fixée à quelques centimes seulement par kilogramme, soit 5 à 7 centimes par litre équivalent. Cette taxation délibérément réduite découle d'une politique européenne de promotion des carburants alternatifs, maintenue depuis des années sans remise en cause significative.
Le GPL émet environ 18 % de CO2 de moins qu'un véhicule essence à usage équivalent. Ce différentiel fiscal reste en place, ce qui permet au GPL de se maintenir comme le carburant le moins cher à la pompe, devant même l'E85 dans de nombreuses régions.
Bicarburation : comment fonctionne un véhicule GPL
Un véhicule GPL n'est pas un moteur radicalement différent. Il s'agit d'un moteur essence modifié pour fonctionner avec deux carburants. Au démarrage, le moteur tourne à l'essence, le temps de monter en température (quelques secondes à quelques minutes selon les systèmes). Ensuite, le passage au GPL est automatique et transparent pour le conducteur.
Le réservoir GPL, torique (en forme de donut) ou cylindrique, se loge dans le coffre ou sous le plancher. Il occupe 50 à 100 litres de volume selon les installations. Le réservoir à essence d'origine reste en place, ce qui donne une autonomie combinée souvent supérieure à 1 000 km, selon les données Dacia pour la gamme ECO-G.
Les injecteurs, le filtre à gaz et les soupapes nécessitent un entretien spécifique, généralement tous les 30 000 km pour le filtre à gaz. Les professionnels habilités GPL ne sont pas aussi répandus que les garagistes classiques, ce qui peut compliquer les révisions selon la région.
Acheter neuf ou convertir : les deux options et leurs coûts
La première voie est d'acheter un véhicule déjà équipé en sortie d'usine. Dacia propose la gamme ECO-G (Sandero, Duster, Jogger, Bigster), Renault décline la Clio et le Captur en version GPL-essence. Ces modèles sont directement homologués, sans démarche administrative supplémentaire. Le surcoût à l'achat reste limité, de quelques centaines d'euros par rapport à la version essence équivalente.
La deuxième voie est la conversion d'un véhicule essence existant. Le kit comprend le réservoir, les injecteurs GPL, la rampe et l'électronique de commande. Comptez entre 1 500 et 2 500 € pour un kit de qualité, installation incluse, chez un installateur agréé. L'homologation auprès de la DREAL et la mise à jour de la carte grise (gratuite ou à coût réduit dans la plupart des régions) s'ajoutent à la facture. Le montant total se situe entre 1 800 et 3 000 €, selon ultimauto.fr et caradisiac.com.
Tous les moteurs ne sont pas convertibles. Les moteurs à injection directe d'essence (FSI, TFSI, GDI) posent des problèmes de compatibilité avec les kits classiques. Les moteurs à injection indirecte (multipoint) sont les plus adaptés. Avant toute décision, vérifiez la compatibilité avec votre modèle précis auprès d'un installateur certifié.
Le calcul d'économies concret
Le GPL consomme environ 10 à 15 % de plus que l'essence pour parcourir la même distance, car son pouvoir calorifique par litre est légèrement inférieur. Si votre voiture affiche 7 L/100 km en essence, attendez-vous à 7,7 à 8 L/100 km au GPL.
Malgré cette surconsommation, l'économie reste notable. Sur la base d'un GPL à 1 €/L et d'un SP95 à 1,75 €/L :
- Coût pour 100 km en essence : 7 L x 1,75 € = 12,25 €
- Coût pour 100 km en GPL : 8 L x 1,00 € = 8,00 €
- Économie par 100 km : environ 4,25 €, soit 35 % de moins
Pour 15 000 km par an, l'économie annuelle se situe entre 600 et 900 €. Avec un investissement de 2 000 € dans la conversion, le seuil de rentabilité se situe entre 2 et 3 ans. Pour quelqu'un qui roule 25 000 km/an, ce seuil descend à moins de 18 mois. Ces ordres de grandeur sont cohérents avec les estimations de butagaz.fr et capcar.fr sur la rentabilité comparée des motorisations alternatives.
Les avantages réglementaires à connaître
Le GPL donne droit à la vignette Crit'Air 1, plus favorable que le Crit'Air 2 des diesels récents. Lors des épisodes de pollution, les restrictions de circulation concernent les Crit'Air 3 et au-delà : les véhicules GPL circulent donc librement dans les zones à circulation différenciée.
Plusieurs régions offrent une exonération partielle ou totale de la carte grise pour les véhicules fonctionnant aux carburants alternatifs, dont le GPL. Pour les entreprises, la taxe sur les véhicules de société (TVS) est réduite pour les véhicules émettant peu de CO2, ce qui rend le GPL particulièrement intéressant pour les flottes professionnelles.
Les contraintes réelles au quotidien
Le réseau de distribution reste la contrainte principale. On recense environ 1 700 stations GPL en France selon vendiauto.fr, contre plus de 11 000 stations toutes énergies confondues. En dehors des axes routiers principaux et des grandes agglomérations, l'approvisionnement nécessite de la planification.
Les parkings souterrains posent un autre problème. Beaucoup interdisent les véhicules GPL, même si cette règle s'assouplit progressivement dans les établissements neufs. Il faut vérifier avant de stationner, notamment dans les centres-villes.
L'avenir commercial du GPL est enfin à surveiller. Renault et Dacia représentent à eux seuls 89 % du marché européen des véhicules GPL neufs, selon caradisiac.com. Or les deux constructeurs ont annoncé un recentrage progressif sur l'électrique à l'horizon 2030. L'occasion reste abondante et le marché actif, mais le GPL est un carburant dont le marché du neuf va probablement se réduire dans les prochaines années.
GPL, E85 ou électrique : comment choisir ?
Le choix entre le GPL et l'E85 dépend surtout du profil de conduite et du véhicule. Le boîtier éthanol E85 demande un investissement plus faible (400 à 800 €) et son réseau de distribution est en forte expansion, mais le calcul de rentabilité dépend davantage du prix local de l'E85, plus volatile que celui du GPL.
Pour l'électrique, les économies de carburant sont plus importantes à l'usage, mais le coût d'accès au véhicule reste supérieur. Pour un automobiliste qui roule entre 15 000 et 20 000 km/an, qui ne veut pas changer de voiture dans l'immédiat, et qui dispose d'une station GPL à moins de 20 km de chez lui, le GPL représente une solution cohérente et rentable sur 3 à 5 ans.
Quelle que soit l'énergie choisie, comparer les prix des stations avant chaque plein reste le geste le plus simple pour réduire sa facture carburant. Des comparateurs en temps réel intègrent désormais le GPL dans leurs résultats, ce qui facilite la recherche de la station la moins chère sur son trajet.